Mektub · l'horoscope calculé
Louis XIV : ce que son astrologue ne pouvait pas voir. Huit dates, une règle, et le compte
Publié le 14 octobre 2026 · La rédaction Mektub
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Les chapitres de la vidéo
0:00 La décision · 0:47 La naissance et Morin · 1:17 Le calcul expliqué · 1:59 1649, la nuit des Rois · 3:19 1654, le sacre · 4:00 Le portrait · 4:57 1661, le silence · 5:44 1661, Fouquet · 7:43 1682, Versailles · 8:41 1685, la révocation · 9:51 1700, l'Espagne · 10:24 1709, la lettre · 11:17 Le verdict · 12:12 L'heure de naissance · 13:06 1715 · 13:42 Votre histoire
Le 10 mars 1661, au lendemain de la mort de Mazarin, un roi de vingt-deux ans annonce à ses ministres qu'il n'y aura plus de Premier ministre : désormais, il gouvernera seul. C'est peut-être le jour le plus important de son règne. Ce jour-là, notre règle ne trouve aucune correspondance.
Sept ans plus tôt, le jour de son sacre, la même règle répondait oui. Nous avons voulu comprendre. Une règle écrite d'avance, huit dates que tout le monde peut vérifier, et un compte fait devant vous.
Un horoscope auquel il manquait trois astres
Louis XIV naît le 5 septembre 1638 au château de Saint-Germain-en-Laye. L'acte d'ondoiement note l'heure : « onze heures un quart du matin ».
Un professeur royal de mathématiques, Jean-Baptiste Morin, dresse l'horoscope de l'enfant. Voltaire racontera, un siècle plus tard, qu'on l'avait caché dans la chambre de la reine. Aucun témoin de l'époque ne le dit. L'horoscope, lui, a bien existé.
Morin travaillait avec sept astres. Uranus sera découverte en 1781, Neptune en 1846, Pluton en 1930 ; Pluton est classée aujourd'hui parmi les planètes naines. Trois des quatre astres lents de notre règle lui étaient inconnus.
La règle, écrite avant de regarder
À la naissance, les planètes occupent des places précises : nous les figeons sur une carte, ce sont nos points dorés. Les planètes, elles, poursuivent leur route. Nous regardons l'angle entre une planète d'aujourd'hui et un point de la naissance, comme les aiguilles d'une horloge. La règle est la même pour tous les épisodes de la série :
- quatre astres lents : Saturne, Uranus, Neptune, Pluton ;
- cinq points du ciel de naissance : le Soleil, la Lune, Mars, l'ascendant et le milieu du ciel ;
- trois positions : dessus, en face, ou à angle droit ;
- un écart d'un degré au plus avec l'angle exact. Un degré, c'est la largeur de deux pleines lunes côte à côte.
Nous l'avons mesurée jour par jour sur tout le règne, soit 26 377 jours. Elle répond 37,3 % des jours. Sur huit dates prises au hasard, on en attend donc trois.
Les huit dates
| Date | Le fait | La rencontre de la règle la plus proche | Écart avec l'angle exact | Réponse |
|---|---|---|---|---|
| 6 janvier 1649 | la fuite de Paris, pendant la Fronde | Neptune à angle droit du Soleil | 0,92° | oui |
| 7 juin 1654 | le sacre à Reims | Neptune sur Mars | 0,73° | oui |
| 10 mars 1661 | il gouverne seul | Uranus en face de la Lune | 2,94° | non |
| 5 septembre 1661 | l'arrestation de Fouquet | Pluton en face de Mars | 2,23° | non |
| 6 mai 1682 | la cour à Versailles | Neptune en face du milieu du ciel | 3,31° | non |
| 18 octobre 1685 | la révocation de l'édit de Nantes | Saturne à angle droit de Mars | 0,68° | oui |
| 16 novembre 1700 | le testament d'Espagne | Pluton à angle droit de l'ascendant | 2,55° | non |
| 12 juin 1709 | la lettre à ses peuples | Uranus à angle droit de l'ascendant | 4,08° | non |
Trois sur huit, exactement ce que donne le hasard.
Ce que cela dit, et ce que cela ne dit pas
Le résultat n'a rien d'exceptionnel, et huit événements choisis pour leur importance ne font pas une démonstration. Il ne permet pas de dire que le destin de Louis XIV était écrit dans le ciel. Il apprend autre chose : quand on cherche des signes dans une vie, il est très facile de retenir ceux qui frappent, et d'oublier tous les autres.
Ce qui nous a le plus surpris n'est pas une correspondance. C'est une absence. La règle répond au sacre, qui est une cérémonie. Elle se tait le jour où il décide de gouverner seul.
Les tentations
Le 10 mars 1661, Uranus est à quatre centièmes de degré de l'angle droit avec son Jupiter de naissance. Le 5 septembre 1661, le jour où d'Artagnan arrête Fouquet à Nantes, le roi a vingt-trois ans jour pour jour, et deux rencontres très serrées se produisent : Uranus sur son Saturne de naissance (0,38°), Saturne sur son Neptune (0,10°). Le 6 mai 1682, Saturne est exactement en face de sa propre place de naissance (0,14°), ce qui arrive à tout le monde vers quarante-quatre ans.
Aucun de ces points n'est dans les cinq fixés au départ. Si nous les ajoutons après coup, nous ne testons plus la règle : nous l'arrangeons. La réponse reste donc non.
Une idée que nous retirons
Dans l'épisode consacré à De Gaulle, nous avions cru voir un dessin : la règle s'allumait sur les épreuves et restait éteinte sur les victoires. Ici, ce dessin ne tient pas. Le sacre est une fête, et il s'allume. Une idée qui marche sur une vie et pas sur la suivante n'est pas une loi. Nous la retirons.
1685
Le 18 octobre 1685, la règle répond. Ce jour-là, Louis XIV révoque l'édit de Nantes. C'est une persécution : le culte protestant est interdit, les temples sont démolis, et entre cent cinquante et deux cent mille personnes, selon les historiens, quittent le royaume alors que cela leur est défendu. Nous donnons le calcul. Nous n'en tirons aucune leçon.
L'heure de naissance
Les trois dates qui répondent tiennent à son Soleil et à son Mars : l'heure n'y change rien. Les autres dépendent en partie de l'ascendant et du milieu du ciel, qui bougent vite. Nous avons donc refait le calcul toutes les cinq secondes, de 10 h 42 à 11 h 52 (heure de l'acte).
| Heure de naissance (heure de l'acte) | Dates dans la règle |
|---|---|
| 11 h 05 | 5 sur 8 |
| de 11 h 06 à 11 h 27 | 3 sur 8 |
| 11 h 30 | 4 sur 8 |
L'acte dit onze heures un quart. Si l'heure a simplement été arrondie au quart d'heure le plus proche (entre 11 h 07 min 30 s et 11 h 22 min 30 s), le résultat reste trois : il faut une incertitude plus importante pour changer le compte. Au-delà, le compte ne fait pas que monter : il atteint six vers 11 h 37, puis redescend à trois après 11 h 45 (heure de l'acte). Voilà pourquoi nous gardons l'heure de l'acte, sans prétendre qu'elle est exacte à la minute.
La convention horaire. En 1638, les horloges se réglaient sur le Soleil : l'heure de l'acte est une heure solaire, comptée au lieu. Pour calculer, il faut le temps moyen : le 5 septembre 1638, l'équation du temps vaut + 1 min 42 s, d'où 11 h 15 = 11 h 13 min 18 s en temps moyen local, la valeur que donne aussi la fiche d'Astrodatabank qui cite l'acte. Deux réserves : cette conversion est supposée (l'adoption du temps moyen est datée du XIXe siècle, mais rien ne dit ce que faisait le rédacteur de l'acte en 1638) ; l'arrondi au quart d'heure est une hypothèse, pas une pratique démontrée.
Trois astres de plus
En 1638, Morin ne connaissait pas trois des astres que nous utilisons. Près de quatre siècles plus tard, nous les calculons tous. Nous connaissons trois astres de plus, mais pas une certitude de plus sur le destin de Louis XIV.
Et vous ?
Ce que nous avons fait pour un roi, vous pouvez le faire pour vous. Vous aussi, vous avez un Soleil, une Lune, un Mars, un ascendant et un milieu du ciel. Les mêmes astres lents sont passés dessus, en face, à angle droit, à des dates précises de votre vie. Et vous êtes la seule personne à pouvoir dire s'ils correspondent à quelque chose.
Lire votre passé, daté : c'est gratuit
Les sources
Chaque fait a été vérifié dans les textes, ouverts un à un.
- Acte d'ondoiement, 5 septembre 1638 (cité par la fiche Astrodatabank, classe AA)
- Mémoires de Mme de Motteville
- Journal de Dubuisson-Aubenay
- Mémoires de Saint-Simon
- Mémoires du marquis de Torcy (lettre du 12 juin 1709)
- Mémoires du marquis de Sourches
- Voltaire, Le Siècle de Louis XIV
- Camille Rousset, Revue des Deux Mondes, 1890
- Château de Versailles
- Musée protestant
- Bibliothèque nationale de France
- Sur l'adoption du temps moyen : « Where was mean solar time first adopted? », Journal of Astronomical History and Heritage, 2021
Les images de la vidéo
Toutes du domaine public ou en CC0, relues une à une au registre : Abraham Bosse et Jean Lepautre (BnF) ; Philippe de Champaigne et Pierre Mignard (musée Condé, Chantilly) ; Henri Testelin, Charles Le Brun (attribué), Pierre Patel, Israël Silvestre, Pierre-Denis Martin, Hyacinthe Rigaud, François Gérard et l'audience de l'ambassadeur de Perse (château de Versailles) ; Juste d'Egmont (Kunsthistorisches Museum, Vienne) ; Robert Nanteuil et Adam Pérelle (CC0) ; l'édit de Fontainebleau (Archives nationales) ; Jan Luyken ; Godefroy Engelmann ; l'estampe du grand hiver de 1709. Quand une image n'est pas celle du jour raconté, la vidéo l'indique par un cartouche « illustration ».